Sénégalaiseries: «Moss, dèm», il sera une fois… Par Ibou Fall

La question qui fâche est une manière comme une autre de célébrer le premier anniversaire de son accession à la magistrature suprême : le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, peut-il raisonnablement penser à se présenter comme candidat de PASTEF en 2029 ? « Moss, dèm » est déjà l’une des ritournelles de nos réseaux sociaux qui montent en puissance… Il sera notre premier chef d’État de l’histoire à ne faire qu’un mandat.
La rupture, c’est aussi cela ?
Au regard du scénario des législatives qui voit le parti des « Patriotes » enterrer la coalition « Diomaye Président » en plus d’effacer tout ce qui renvoie au président élu depuis quelques mois, aucune chance… Résultat des courses : l’Assemblée nationale, sur cent-cinquante députés, en compte cent-trente triés sur le volet et prêts à mourir pour Ousmane Sonko, le Premier ministre ci-devant président de PASTEF mais qui ne se lèveraient même pas à l’aube rien que pour plaire au chef de l’État.
Que peut-il bien se passer dans la tête d’un président de la République, élu comme le candidat par défaut de son parti, qui avoue une marge de manœuvre réduite par l’état des finances publiques, et semble en une année perdre pratiquement toutes ses prérogatives au profit de son encombrant Premier ministre ?
Dès son installation, Bassirou Diomaye Faye prend même la précaution de préciser au micro de confrères chanceux d’en entendre une aussi grosse, qu’il « encourage le Premier ministre à lorgner le fauteuil présidentiel ». Avec une Assemblée nationale sur laquelle il ne peut absolument pas compter si le Premier ministre se rebiffe, que lui reste-t-il d’autre, hormis l’État ?
Et même là, ça commence à chanceler…
Peut-il compter sur une administration qui falsifie les chiffres officiels, des fonctionnaires priés de chercher du travail ailleurs, ou des forces de défense et de sécurité qu’une loi interprétative de la loi d’amnistie, ouf, s’apprête à conduire au bûcher, accompagnée de son silence ? Que peut-il attendre d’une magistrature qu’il entend réformer parce que soupçonnée de compromissions avec l’ancien régime, au point d’avoir, via sa Cour des Comptes, validé de drôles de calculs, fermé les yeux sur des dettes abyssales, fait jeter en prison d’innocents militants de la juste cause, comprenez le « Projet » ?
Dans la foulée de son élection triomphale le 24 mars 2024, affublé des prérogatives que la République décerne à son président, le taiseux Bassirou Diomaye démissionne de ses fonctions à PASTEF pour se contenter du modeste statut de militant. Un acte assez peu habituel dans un pays qui voit, depuis les indépendances, le chef de l’État s’agripper avec la dernière énergie au poste de patron de son parti, sa machine électorale ; la règle, jusque-là, consiste à se maintenir à la tête des cohortes capables d’aller à l’assaut des urnes.
On a des arrière-pensées ou l’on en n’a pas ?
Certes, c’est une coalition dénommée « Diomaye Président » qui le porte au pouvoir, dont le gros de la troupe est à chercher dans les rangs des « patriotes » autoproclamés. En pleine campagne, c’est à peine si son mentor, Ousmane Sonko, lui laisse le micro face à la foule des inconditionnels du « Projet ». Scène impérissable : le candidat Diomaye debout devant une marée humaine, n’a rien d’autre à lui proposer qu’un cri d’extase teintée d’étonnement : « Mahaza ! »…
A-t-il vraiment besoin de déployer des trésors d’ingéniosité, multiplier les promesses électorales ? Son principal rival, Amadou Bâ, a du plomb dans l’aile, fusillé dans le dos par son propre camp. Ceux-là même qui votent une loi d’amnistie scélérate, et font reporter les élections aux calendes peules. Macky Sall ne s’en arrêtera pas là : les informations qui fuitent depuis un an font état de rencontres nocturnes, d’accords secrets, d’appuis logistiques et financiers, de consignes de votes clandestines.
La totale en matière de traîtrise…
D’ailleurs, lors de leur première sortie médiatique à la sortie de prison, le ton d’Ousmane Sonko change vis-à-vis du « mackyavélique » chef d’État qui complote jusqu’à les jeter en prison sans jugement. Le duo fraîchement élargi indique la nouvelle tête de Turc : Amadou Bâ, le chef de gouvernement d’alors, serait à l’origine de leurs déboires. Macky Sall devient comme par enchantement leur ange-gardien qui les sort de prison et auquel ils font même l’accolade au moment de la passation du témoin.
Lors de sa prestation de serment, devant le monde entier et ses deux épouses, le nouvel impétrant se contente de remercier sa famille et le peuple sénégalais. Le nouveau président sénégalais cultive la modestie, et même la sobriété, avouant préférer les chants de coq et les coups de pilons matinaux de son natal Ndiaganiao, à l’enfer bruyant de Dakar, quand bien même depuis le Palais de l’avenue Senghor, il serait au bord de la mer, face à la rustique Gorée et l’infini azuréen.
Le Sénégal, géant diplomatique malgré son économie à la ramasse et sa démographie insignifiante, dans la longue tradition senghorienne qui imposera son respect aux quatre coins de la planète, aurait pu, pour le président de la République, aller lui chercher des soutiens dans le monde entier. Seulement voilà : Yassine Fall est-elle vraiment sortable ?
Et puis, avec la France qui dégage depuis moins d’un an, dont la justice passe sous silence l’assassinat d’un grand argentier sénégalais, le FMI qui ne doit pas apprécier qu’un pays sous-développé déclare le couillonner depuis plusieurs années, ça va lui être difficile de glaner des soutiens étrangers. Certes, au cours d’un de ses nombreux et infructueux périples à travers le monde, le président de la République pose avec Karim Wade au Qatar. Oui, mais après ? Apparemment, Bassirou Diomaye Faye n’aura pas grand-monde avec lui à l’orée de 2029.
Vous me direz que deux épouses, c’est déjà beaucoup pour un seul homme…